Photos (c) Brigitte et Thierry Baritaud, Rose Yates, Jerome Meynié

J4 Le Grand Souci

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Descente Sans Souci :

Réveil difficile vers 7 heures il y a du brouillard et il fait 1 degré a l’extérieur, il faut vraiment être motivé.

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Sur site, grâce à l’astucieux palan de Thierry (ce dernier s'étant presque endormis sur son arbre) on descend dans la vasque les 40 kg du scooter Silent Submersion et les deux 20 litres blocs relais secours profond, puis le recycleur ventral de secours pour la décompression.

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Séance d'équipement toujours dans la bonne humeur et descente méthodique sur la pente de l’ancienne décharge jonchée de débris de verre, toutes micro coupures dans l’étanche serait désastreuse pour les 7-8 heures prévues de plongée.

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Descente tranquille dans la vasque a –6m sur oxygène pur, je vérifie que les trois cellules (IT Dr Gambert) O2 indiquent bien une PpO2 de 1.6 puis je passe sur mon diluent externe (off-board) intermédiaire une 15 litres a 250b de 22/78 (22% O2 et 78% Helium) pour cela je « flush » le recycleur en inspirant et expirant (par mon nez) trois fois, j’évacue ainsi du circuit fermé l’oxygène pur pour éviter de voir la ppo2 monter à 2 ou 3 bars !

Je mets en place sur la corde verticale via un ascendeur mon deuxième recycleur de secours a –21m et qui me permettra surtout de faire mes longs paliers a –6m au retour.

 

Puis je descends tranquille jusque –40m dans le grand noir sans autre repère que la corde verticale, ca me permet de me concentrer sur les bruits du recycleur: ajout automatique de diluent et correction de la teneur en O2 par le solénoïde (injection d’une quantité minimum via un accumulateur) pour rester au-dessus de 1.0 bar de PpO2. Je suis alors la corde du chemin profond (caoueche-snoopyloop) a ne pas confondre avec la corde d'attache laterale a la paroi:

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Puis c'est le repère de la dent rocheuse vers -40m, avant la grande paroi:

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La visibilité n’est pas très bonne le long de la paroi NORD maximum 3-4 mètres je glisse jusque –62m ou j’attache mon bloc externe 15 lit de 22/78 sur la corde des anglais et je passe sur le bloc 3 litres interne du recycleur 7/93 (7% O2, 93% He), encore une fois je flush trois fois le circuit fermé pour faire redescendre la PpO2.

Je ferme momentanément l’embout du circuit fermé et passe sur le détendeur a circuit ouvert des deux blocs secours de 20 lit a 260b de 7/93 qui assure ma redondance; je m’assure ainsi de leur bon fonctionnement … grossière erreur: les bulles expirées racle la paroi et décroche instantanément un épais nuage de touille (poussière d’argile et sédiments) … je m’en éloigne et repasse en circuit fermé.

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Je commence ma descente, en gardant tous mes sens en alerte face à mère nature mais aussi sur les bruits du recycleur (injection d’O2 et de Diluent). Vers –110m je freine un peu ma descente, j’observe les particules d’argile autour de moi, leur mouvement étant pratiquement horizontal au lieu d’un mouvement qui devrait être vertical (possible galeries latérales adjacentes ?)… Deuxième erreur fatale je ne fais pas attention ou je mets mes palmes et j’accroche mon fil dans une branche d’arbre vers –120m je tire gentiment le fil et décroche un gros amas de touille, je décide alors de me déplacer plein SUD et j’utilise pour cela le scooter, je tourne la poignée et mets les gaz.

 Me revoilà dans une zone avec une meilleure visibilité 3-4 mètres, je suis vers –130 j’aperçois une pente oblique de touille (probablement celle dans laquelle je me suis écrasé l’année dernière), vers –140m apparaît une sorte de mobylette ou plutôt un vieux solex avec moteur a l’avant, il y a vraiment de tout dans ce gouffre … 

Je continue vers le bas en dépassant –150m, toujours une visibilité de 1-2 mètres sans signe de paroi sud, observant les particules d’argile qui semblent se déplacer encore une fois horizontalement, y aurait-il une autre galerie horizontale dans les parages ??? venant de Cubjac et sortant a 250m de là dans la rivière « Isle », je ne suis pourtant pas narcosé, étant a l’héliox pur sans azote.

Fait très intéressant la température indique 8 degrés celcius alors que la surface était à 12 degrés. Et la zone des –50m a 10 degrés ; il y a donc une thermocline et c’est la première cavité en France ou je rencontre ce phénomène. Au Goul du Pont  en surface ou a –178m la température était constante a 13 degrés celcius  …

-170m je freine ma descente la visibilité est tombée à 50 cm je n’ai aucun repère je suis dans une étrange purée de pois jaune, je me laisse glisser vers le bas en espérant trouver une zone plus claire… mais en vain, je regarde avec difficulté le VR3 il affiche –184m 32 minutes depuis la surface, j’ai tiré 170m de fil depuis la corde des anglais a –60m je suis à plus de 240m de la surface, il est amplement temps de remonter. PpO2 1.3 bars sur les trois cellules, 80 bars restant sur ma 3 litres de diluent, 180 b sur la 3 litres d’oxygène.

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Remontée pleine de Soucis

Ou « Souci » en Périgourdin est synonyme de « perte »: 

La remontée est dans une touille complète la visibilité est nulle, la touille déplacée à la descente plus les bulles expirées a la remontée décrochent de plus en plus d’argile … 

A –130m premier palier profond, en voulant me décaler d’un nuage de touille en utilisant le scooter j’emmêle le fil d’ariane autour de l’hélice puis autour d’une de mes bouteilles latérales, je n’arrive pas a me libérer je coupe donc le fil tout en restant agrippé à sa partie en amont.

Vers –100m je retrouve la paroi, mais mes bulles expirées pendant la remontée décroche une réelle avalanche de mottes d’argile et de morceaux de roche, je me serre contre la paroi sous un surplomb rocheux et vois (ou plutôt distingue difficilement) défiler des blocs rocheux et de gros nuages d’argile, les pierres tombent sur la carapace arrière du recycleur, cela semble durer une éternité et je ne suis pas fier, je dois garder mon calme. Apres les plus longues 2 minutes de mon existence, l’avalanche s’arrête et je me demande si ce n’est pas le toit du gouffre qui c’est effondré ? je remercie Dieu de m’avoir donné un casque !!!

Je dois à présent coller l’ordinateur de plongée VR3 devant mon masque pour lire la profondeur, les 2 x 50 w sont éteintes depuis bien longtemps et je navigue aux anti brouillard LED, je cherche vaguement le fil, mais je l’ai perdu pendant l’avalanche, j’ai comme des sueurs froides … je me demande si c’est le froid dû a la perte calorifique due a la respiration d’héliox ou simplement la peur. Encore une fois je dois rester calme et ne pas paniquer, j’ai plus de 4h d’autonomie sur le recycleur et mon scooter Silent Submersion pour chercher le long de la paroi le fil d’arianne. Après une 15aines de minutes naviguant d’abord a l’Est puis revenant a l’Ouest le long de la paroi je retrouve avec un ENORME soulagement la corde bleue des anglais vers –65m, ca fait du bien de retrouver des marques.

A –63m je récupère ma bouteille relais de 22/78 le tout dans très peu de visibilité, ce sont juste les mouvements répétés encore et encore les semaines précédentes qui me permettent de faire la manipulation des connecteurs rapides Swagelock a l’aveugle.

Vers –40m je me retrouve à l’aplomb de l’entrée du gouffre et j’entame la longue remontée en maintenant manuellement ma PpO2 a 1.3 bars. Passage rapide sur 35/65 (35% O2  65%He)

A -21m passage sur bouteille relais 50/50 (50% O2 50% He), a –24m j’ai laissé retomber la PpO2 a 0.2 bars pendant 10 minutes pour laisser reposer mes alvéoles pulmonaires.

A –18m ayant plus d’une demi-heure devant moi je décide de faire un peu de topo du plafond du Dôme, j’attache mon petit dévidoir d’exploration et je longe l’étrange paroi ou de mini culs de sac semblent remonter ou s’éloigner en forme de laminoir.

Après une trentaine de mètres d’exploration mon dévidoir ne tourne plus il est soudainement devenu très mou, plus de résistance, je me rends compte que j’ai cassé le fil, un frisson me traverse, la visibilité est de 1-2 mètres. Il m’est difficile de longer la paroi mais j’essaye de revenir vaguement sur mes pas, l’aspect irrégulier de la paroi avec ses culs de sac et laminoir rend la tache encore plus difficile. Je suis fou de rage de n’être pas resté bien sagement sur la corde de décompression et en même temps je ressens comme un début de panique, je ne peux m’empêcher de penser a Denis Sirven perdu sur le plafond du dôme de Fontaine de Vaucluse. Je dois rester calme encore une fois j’ai le recycleur avec 3h d’autonomie minimum.

Ce seront 20 longues minutes plaines de sueurs froides qui suivront puis le retour miraculé sur ma corde verticale, que je ne lâcherai d’ailleurs plus jusque la sortie en surface.

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 J'observerai a distance les variations géologiques du toit du gouffre:

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A -9m cela fait quatre heures que je suis sur le recycleur entre 1.0 et 1.3 bars d’O2, pas de signe d’intoxication au CO2, la chaux sodée « Spherasorb » de chez Intersurgical fonctionne toujours a merveille, avant de passer à –6m sous O2 je laisse la PpO2 tomber à 0.2-0.3 bars pendant une dizaine de minutes pour à nouveau reposer les alvéoles pulmonaires.

-6m passage sur mon deuxième recycleur pur oxygène type Castoro C96 Pro armée italienne fourni aimablement par OMG; suivront 3 heures sous oxygène avec rinçage a l’air en circuit ouvert pendant 5 minutes toutes les 20 minutes.

 Thierry a t + 4h partira a ma rencontre:

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Quand Thierry arrivera ma première question sur l’ardoise sera « y a t’il eu un effondrement de terrain en surface ?» « est ce que la vasque c’est agrandi », Thierry me répondra simplement « Non mais c’est une zone instable » … il reviendra 1/4h après avec mon tube-batterie pour mon gilet chauffant et surtout la poche de chocolat chaud !

Thierry homme du froid, sans gant et en humide viendra aux nouvelles chaques heures jusque la sortie, provoquant de petits éboulement de cailloux, pas grave j'ai mon casque !

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Les 3 heures a 6 mètres varieront entre Game Boy version StarWars et lecture d’un roman américain sur la plongée spéléo en Floride sur un gars qui se perds et reste coincé … Super pour me détendre la prochaine fois j’emmène un bon San Antonio !!! petit poissons et perche viendront faire causette.

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La sortie se fera très doucement en restant sur oxygène

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Tosca insista pour une séance d'oxygénothérapie, j'aurai préféré un baisé de Rose !

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Epilogue :

 Le Gouffre du Grand Souci pose vraiment trop de Soucis, la visibilité est vraiment trop mauvaise pour explorer proprement et espérer topographier. Depuis de long mois nous avions construit un scanner/sondeur (type exped Wakulla 2 en 1998) a deux dimensions mais nous ne sommes pas arrivé à le rendre opérationnel a ses profondeurs. Les multiples effondrements de roche et de blocs d’argiles rendent le port du casque obligatoire ! (il serait idiot et ridicule de vouloir faire sans, plongeur DIR s'abstenir) la somme des risques et la difficulté d’interprétation du milieu font que le jeu n’en vaut pas la chandelle, notre temps et nos ressources seront donc utilisé dans le futur a d’autres explorations avec moins de soucis.

Ma descente a une vitesse inférieure a 30 m/min n’a pas posé de problèmes avev l'héliox de Syndrome Nerveux des Hautes Pressions. Une bonne isolation thermique (Xerotherm 4th Element sous-vêtement, et  Otter Souris Artic Plus) n’a pas non plus posé de problèmes d’hypothermie avec l’héliox.

Encore une fois le recycleur CCR Mk15.5 a parfaitement rempli son rôle, surtout pendant ma perte il m’a donné l’assurance psychologique de pouvoir chercher mon fil sans avoir à paniquer sur une éventuelle baisse du volume de gaz des bouteilles si je m’étais trouvé en circuit ouvert !

Le scooter Silent Submersion m’a aussi permis aisément de me déplacer à la descente pour éviter de racler la paroi parfois oblique et surtout les courtes terrasses ou reposait les amas de touille. Les 19.4 bars de pression ne lui ont posé aucun problème de fonctionnement; et post plongée à l’ouverture il n’a montré aucune déformation. Il m’a aussi aidé à retrouver rapidement le fil perdu, en limitant mes efforts musculaires.

Tous mes remerciements au Major Rob Doncaster pour son aide technique sur le Mk15.5 et pour avoir toujours répondu avec patience a mes innombrables questions sur les plongées militaires en CCR. La prochaine fois je suivrais un peu plus ses conseils et apposerait au dos du recycleur sur la valve de surpression une micro grille transformant les bulles expirées en mini-micro bulles. Les militaires les utilisent à la remontée pour éviter de se faire remarquer par l’ennemi, moi se sera pour essayer d’éviter de décrocher du plafond les amas de touille et plaques de roche instable !

Pour finir encore tous mes remerciements au Dr Cédric Eve pour son long travail de synthèse sur les tables Héliox commerciales et militaires a Pression Partielle d’Oxygène constante en Recycleur a Circuit Fermé des 20 dernières années; cela m’a permis de sortir sans fatigue et sans accidents hyperbares ! Merci quand même au SAMU de Périgueux et a l’équipe du centre hyperbare de l’hôpital Pellegrin-Tripode de Bordeaux pour leur offre de service au cas ou …

 

"Une petite flamme de folie, si on savait comme la vie s'en éclaire !"          Henry de Montherlant

 

 

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