Expédition Internationale Chapitre II
Font de Lussac 18-22 Août 2004
Chef de projet et coordinateur gestion de surface: Frank Walter Circuit Ouvert (France)
Plongeurs profonds: Jérôme Meynié CCR Biomarine Mk15.5 (Angleterre), Matthieu Darroman Circuit Ouvert (France) Stéphane Girardin SCR EDO04 (Suisse) Jean-Pierre Stefanato SCR EDO04 (France)
Plongeurs d'assistance: Michel Delage , Philippe Tisseuil, Agnès Olivier , Jean-Christophe Dubois, Daniel Guinouard, Jean Luc Armengaud, Pascal Poingt, Thierry Benoist, Yves-Maurice Allongé C.O. (France)
Un grand merci pour leur soutien financier au Crédit Agricole Caisse Locale de Ruelle-sur-Touvre, au Conseil Général de la Charente, la Mairie de la Ville de Touvre, au comité CIAS de la CNPS de la FFESSM; ainsi qu'au président Pascal Giraud du GESMA et leurs membres pour leur aide journalière et leur soutien logistique. Merci aussi a Marie Walter pour son charmant accueil et ses coquillettes de grand matin !
Photos (c) 2004 Matthieu Darromon, Jérôme Meynié , Michel Delage (Cliquer sur les images pour les agrandir)
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Jour 1 -160m de profondeur 260 mètres de distance
Départ sous un ciel orageux mais les prévisions météos ne prévoient que des averses, pas de crues en perspective, ça vaut mieux car je pars pour au minimum 8 heures de plongée.
Philippe, Daniel, Michel, Agnes, Matthieu m'ont installés la veille mes bouteilles relais de secours au cas ou je soit obligé d'abandonner le circuit fermé du recycleur pour une rentrée en circuit ouvert, je dispose d'heliox 50/50 (-22m) 30/70 (-42m) 15/85 (-72m)
Jean Luc m'aide en surface à attacher mes deux relais 20 litres d'heliox 7/93 et 12/88, puis c'est partis, descente rapide (20 m/min) avec le scooter sous marin Silent Submersion Deep Version UV27 NiMh, c'est le deuxième jour de l'expédition il n'y a pas eu trop de trafic la visibilité est encore correcte: une dizaine de mètres. A -45m j'abandonne ma gourde de 2 litres et le tube contenant la batterie Li Ion d'alimentation du gilet chauffant pour la remontée.
A -75m je tourne à main gauche dans la galerie horizontale et plein pot le nez au guidon sur une trentaine de mètres, puis enfin le grand puits presque vertical, je dois me décaler de la paroi plusieurs fois car cette dernière prend doucement un angle. A-125m je dois abandonner pour quelques mètres le fil mis en place en 2002 par mon collegue Domi Victorin, il était parti a l'horizontale rechercher la fameuse galerie des -125m de Frank Walter, puis après avoir accroché la corde sur un piton rocheux il l'avait laissée déroulée a la verticale. Frank Walter il y a deux semaines avait lesté a -130m cette corde sur un plateau touilleux. En utilisant un ascendeur j'y accroche le relais 20 litres d'heliox 12/88, je continu donc plus léger pour l'exploration.
Puis suivant les indications données par Ludovic Giordano je pars à main gauche (quand descente tête en bas) suivant son ancien fil de 3mm ou plutôt celui du haut car un deuxième fil part aussi à main gauche mais légèrement plus en dessous. Apres une vingtaine de mètres j'arrive vers -140m à un piton rocheux où Ludo a accroché son dévidoir (a la Parisienne) De ce piton rocheux part à la verticale un autre fil finissant sur un deuxième dévidoir posé sur une pente de touille (sédiments) vers -143m (210m). Je décide de remonter à -140m et d'accrocher mon dévidoir au niveau du piton rocheux aux fils en place via un mousqueton, et c'est parti pour de l'exploration en territoire vierge vieux de plusieurs millions d'années, c'est avec un certain respect que je m'y aventure, je m'y sens tout petit tellement c'est grandiose.
Pour éviter un risque de SNHP (Syndrome Nerveux des Hautes Pressions) et parce que cette supposée galerie est gigantesque, je décide de scooteriser tout en longeant la paroi gauche en descendant doucement, la galerie ou plutôt la falaise parait sans limite, pas de plafond, pas de plancher, pas de paroi à droite malgré les 66 w HID (+/- 250 w halogène) elle tourne légèrement à gauche. A -150m je trouve un nouveau piton rocheux, j'y amarre mon fil en le tendant puis continue toujours en descente oblique, toujours le grand vide à part cette paroi a main gauche, 5 minutes après mon départ des -130m je décide d'arrêter l'exploration je suis déjà à -160m (260m) avec 50 mètres d'exploré depuis l'ancien terminus de Ludovic Giodano de 1997 (-143m 210m). Je dépose le dévidoir sur un petit becquet rocheux et fais demi tour face à la paroi, trouvant le moyen avec le scooter ou mon coude de bousculer le dévidoir qui dégringole quelques mètres au dessous de moi le long de la falaise, heureusement j'ai le fil en main et remonte à l'attache des -150m; le dévidoir doit se trouver maintenant vers -165m. Retour en 3 minutes 20 secondes au premier palier a -129m en bas du grand puits. De là suivra une longue remontée tous les 3 mètres
La remontée se fera sans problème avec la compagnie des collègues venant aux nouvelles et s'assurant que tout va bien.
-54m en farfouillant entre les blocs rocheux et fossiles je retrouve la fausse grenade de 2002 qui était un poids de lestage. En 2002 je l'avais filmée et laissée en place car elle servait de lest au fil du puits des -115m.
Un mauvais garçon dénommé Patrick M. l'avait décrochée et avait essayé de la remonter tout en l'égarant dans sa remontée ... comme quoi il faut toujours tout laisser en place ...
-45m je branche mon nouveau gilet chauffant Icebreaker de chez Typhoon et c'est le bonheur intégral, ça chauffe intensément et on ne s'en lasse pas.
L'avantage de la Font de Lussac c'est que l'on ne s'embête jamais au palier, toujours quelque chose à découvrir d'un point de vue géologique ou archéologique:
Seul petit problème sur le chemin du retour dans la galerie entre -18m et -12m je me retrouve sans air pour insuffler mon vêtement étanche, la batterie du gilet chauffant est à plat, psychologiquement le palier des -15m sera un peu dur, je n'aurai qu'une hâte: rentrer dans la cloche de décompression a -11m !!!
Quelques heures après mon départ ce sera donc l'entrée a -11m dans la cloche (poubelle inversée) de décompression oú je serai au chaud, presque au sec, et surtout en communication avec la surface via un syteme d'Interphone tout simple et pas cher. Matthieu Darroman ainsi que Frank Walter aidé de ses deux fils Vincent et Pierre seront mes interlocuteurs pendant 3 heures.
Nourriture et boissons chaudes me seront envoyées et je retrouverai mon San Antonio laissé en place il y a deux semaines. Les tables me donnant 2h30 a -11m je rajouterai 30 min pour augmenter le conservatisme et continuer à dessaturer (déja en vue d'une prochaine plongée). Daniel après de multiples aller/retour entre la surface et la cloche m'accompagnera lors de ma lente remontée a 4 minutes par mètres.
Sorti heureux, sans fatigue, avec déjà une idée en tête: Y RETOURNER !
Plongée de 9 heures (sortie a 23 heures) effectuée avec un CCR Mk15.5 et scooter Silent Submersion Deep Version NiMh, PpO2 1.2, héliox 7/93, décompression dans un habitat à -11m à l’oxygène pur, CNS total 20.000%, table calculée avec V-Planner coef +4 VPM-B
La "Charente Libre" publiera le lendemain cette photo de moi tenant la grenade, hélas sans légendes et sans explications, je n'ose imaginer ce qu'ont pensé les lecteurs, le vendredi je m'attendais à voir débarquer la brigade anti terroriste d'Angoulême ...
Consommation:
80 bars d'une 3 litres de diluent 6/94 du recycleur à circuit fermé Biomarine Mk15.5
70 bars d'une 3 litres d'oxygène du recycleur à circuit fermé Biomarine Mk15.5
300 bars d'une 3 litres d'air pour insuffler le vêtement étanche et la wing
170 bars d'une 50 litres oxygène via le Narguilé dans la cloche à 11m pendant 210 min
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